
A mes enfants Elowan et Mélissa
Si donc un homme
cherchait à présenter le
christianisme
dans sa vérité, à l'instant on
entendrait crier :
il nous trahit.
Søren Kierkegaard, Jugez
vous-mêmes.
Une œuvre en vue du salut peut nous conduire en ce lieu où la vérité, loin de se dérober à nos sentiments, se laisse accueillir, aimer et comprendre. Une telle œuvre tire cette espérance d'un fondement, d'une existence, propre à l'auteur, d'un fond qui veut être purement religieux . Or, à coup sûr, une œuvre autorisée par l'amour de Dieu discernera une nouvelle Eglise, une Eglise vraie, un tabernacle où l'homme et Dieu se reposent enfin.
Puiser le souci des âmes de sa foi et vouloir agir, voilà ce que j'appelle une gageure, surtout chez celui qui vivant au milieu d'un monde infernal et bruyant doit faire et composer avec ce vacarme moderne ; la taille du défi laisse facilement deviner les difficultés à venir ! Pourtant je veux écrire à mon tour et contribuer à la peine que tant d'autres se sont donnés, et se donnent encore aujourd'hui. Un message de rupture, certes, souvent rigoureux, mais qui veut encore nous inviter à ce nouveau rassemblement. Une voix loin de nos institutions, une voix de plus pour l'Eglise de Jésus-Christ, celle qui témoignant au milieu des hommes, souffre et sera consolée.
Aussi je laisse ces pensées diverses, et très brèves, au profit de tous ceux qui se donneront du temps pour quelques pages. Je précise seulement qu'il ne faut pas s'attendre ici à un livre soigné dans le genre chapitres, paragraphes, titres et sous-titres, on n'y trouvera que des propos et des mots jetés sur le papier selon le fil des pages d'un journal personnel, j'aimerai dire spirituel, que je tiens depuis plusieurs années déjà. C'est avec beaucoup d'enthousiasme mais aussi d'attention que je l'ai fait, car si le religieux a cette faculté exaltante que nous lui connaissons, il contient néanmoins suffisamment de pudeur et d'intimité pour mettre un frein à nos élans. J'espère enfin que ce petit livre saura toucher le plus grand nombre, et qu'il atteindra la cible que je me suis proposé, à savoir : parler franc et vrai, sans contour ni détour, de ce qui se joue et de ce qui se vit, aujourd'hui surtout, dans le christianisme, afin de souligner ce qui demeure essentiel dans l'existence d'un croyant.
Philippe Moga, le jeudi 11 septembre 2003
La religion chrétienne s'est si bien écartée de ses commencements qu'elle semble nous annoncer un Christ inconnu, elle présente un Christ loin de sa croix où le sacrifice fait le passage et un moment de l'histoire, un accessoire qui s'avance pour disparaître enfin. Nous pouvons dire que c'est un Christ théologique, ce qui annonce un homme désincarné. Aujourd'hui les chrétiens regardent un Dieu artiste, un Dieu qui se saisit du masque de l'acteur pour jouer sa tragédie, et la prédication chrétienne se poursuit avec tant de sérieux qu'une critique achevée de la théologie dans le christianisme sera la bienvenue.
Un renoncement fut suffisant et assez grand pour se contenter du seul témoignage de ses enfants, il fut même parfait puisque le Christ ne laissa rien de sa propre main. Il n'a rien écrit et ce qu'il a dit aurait pu encore tomber dans l'oubli. Dieu s'est fait homme à ce point qu'il livra sa chair à notre mémoire, il fut véritablement homme, et selon l'essence humaine il pénétra notre histoire pour en sortir d'une façon qui fait la communauté des hommes.
C'est pourquoi celui qui habille cette mémoire d'une fiction ne fait que prêter une éthique, selon sa présence, aux témoignages très saints et au Dieu vivant. C'est l'éternité qui habillera les souvenirs de sa vérité, mais l'Eternel ne l'a pas voulu, il s'est fait chair... et cette chair s'est passé de telles compositions. A moins de voir dans nos œuvres, contemporaines par exemple, des prophéties, mais comme à l'envers, c'est à dire dans l'autre sens du temps. Une prophétie qui discernerait le passé ! Mais les prophètes ne marchent pas à reculons, ils ne se retournent jamais et par leurs témoignages Dieu s'est livré à nos mémoires, il ne laissa pas de composition que celle des Ecritures.
Il n'y a pas de musiques ni de tragédies pour le raconter, aucune sculpture pas une peinture pour en faire un portrait. L'encre fut le seul témoin, et lorsque sans détailles il faut se passer d'imagination son art paraît le plus sobre et le plus maigre à la fois, mais pour connaître la vérité cela nous suffira. Aussi la lettre des témoins pouvait nous accuser et le faire pour l'éternité. Mais Jésus-Christ est ressuscité ! Et il ressuscita d'entre les morts ! Alors Dieu nous parla à nouveau, et il le fit avec l'effet de sa Présence, ce qui s'entend d'une façon vivante.
A partir du renoncement nous pouvons commencer...
" Puis il dit à tous : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive 1. " C'est pourquoi, si tu crois en lui, renonce à toi-même, renonce à ton bien, renonce à ton mal, renonce à ta vie ! Car dans le cas de la foi tes valeurs et tes lois ne sont rien . Si tu renonces Dieu se posera lui-même!
Le père des sceptiques n'a jamais lâché prise, il avait confiance en cette méthode, malgré un doute affreux il espérait encore et encore. Trop de science le faisait douter, plonger en lui-même pour finalement se suspendre à son art, à ce dernier espoir. L'ironie et sa maïeutique faisaient toutes ensemble l'économie d'une science vague qui jamais ne se précise ; Socrate se cherchait loin des dieux, mais il finit par se trouver en lui-même, dans cette science qui fait place à l'ignorance et à la leçon tout à la fois.
La soif d'apprendre n'a pas de fin, le chercheur n'est jamais rassasié. C'est que la connaissance de soi, de cette intimité qui entre le bien et le mal est toujours en devenir, se trouve être la plus éloignée de l'éternité qui toujours présente nous invite à un renoncement vrai pour accueillir le miracle de sa Présence.
Une place pour un Dieu aimant et qui m'aime afin de m'aimer pour aimer, voilà ce dont j'ai besoin ! Pour croire il me faut renoncer, mais renoncer et croire sont une seule et même chose ! C'est pourquoi celui qui croit renonce, et celui qui renonce croit. Aussi j'opposerai Jésus et Socrate, l'arbre de vie et l'arbre de la science, parce que Socrate place la connaissance là où le Christ parle du renoncement.
Entre la Parole et l'exégèse il y a comme un catéchisme ...
J'ai fait table rase des superstitions, des doctrines, des catéchismes et autres commentaires qui habillent depuis trop longtemps les Paroles saintes. Il y a trop de champions, de trafiquants, les marchands sont dans le Temple. Je veux entendre les Paroles de Jésus le charpentier, je veux une Parole nue pour une foi simple et parfaite. Je chercherai Dieu pour lui-même, et non pour ses dons et merveilles, ses qualités et autres attributions. Je préfère une rencontre vivante à une étude incertaine. Pourquoi me promener loin du Dieu qui vit ici et maintenant ? Pourquoi me mettre à l'école des prodiges, qui n'en seront plus à force d'études et de temps ?
Pourquoi nourrir l'espoir de rencontrer Jésus-Christ dans le christianisme ? L'église est en ruine, et le temps est venu de célébrer un culte en esprit et en vérité2; le temps est venu pour nous d'être regardé comme les pires hommes qui soient, par tous ces brigands, ces faux frères de notre entourage. Ce n'est pas Dieu mais l'église qui nous jette dehors ! Aussi nous resterons à la marge, avec le souvenir douloureux d'un idéal pris en vain par des prêtres, des pasteurs, des paroissiens... Souvenir propre à nous rapprocher de Dieu, et à lui offrir nos larmes et louanges. Pourtant, et pour rendre quelques hommes attentifs à la vraie religion, il y aura un moindre mal à faire résonner une voix tout extérieure aux tribunes d'un théâtre chrétien. Je déteste les querelles intestines, pour nous l'Eglise est ailleurs, dans nos cœurs.
Se renier, se convertir, se repentir, restent choses aisées lorsqu'il te suffit de rentrer en toi-même, et de mettre ton doigt sur le mal choisi. En effet cela fait de toi un chrétien du dimanche qui, écoutant et savourant le sermon du jour, indexe ce qui lui plaît à l'extérieur comme à l'intérieur. Tu t'arranges avec Dieu, tu trafiques et tu t'imposes ! Mais Dieu viendra comme un voleur, il verra ton bien, cette âme si précieuse à tes yeux. Renoncer à ce mal ne fera jamais de toi un chrétien ! Comprends que pour cela ton bien aussi il faudrait le renier, car ce bien et ce mal composent ton mal suprême.
La croix nous montre le lieu où se trouve la véritable Eglise, elle est son seul modèle: ce que Jésus-Christ fit sur la croix, l'homme peut le faire à son tour, il doit se renier, il renoncera à être un dieu. Jésus, sur la croix, se renonça lui-même, il se sépara de Dieu, de sa propre divinité. A cause d'un Amour désespéré l'homme-Dieu devint un homme seulement, au ciel il préféra l'enfer ; sur cette croix tu trouves un homme sans Dieu, une âme solitaire, or c'est la croix qui nous montre son âme.
L'Amour infini et insensé d'un seul homme, Jésus, nous réconcilie avec le ciel, Dieu nous pardonne enfin. Christ est ressuscité, nous sommes sauvés ! Oui, mais il sauve des hommes, pas des dieux ! Jésus image de notre vie, de notre séparation, de notre désespoir, mais aussi et surtout de notre réconciliation, image du pécheur, mais surtout du chrétien. Dieu nous a créés à son image, et son Christ s'est fait à notre image. Il n'a jamais péché, jamais fraudé, on nous dira alors qu'il ne peut se comprendre sous l'image d'une repentance ! Jésus-Christ n'est pas un pénitent, mais pourtant il renonce à être Dieu, en quelque sorte il se repent d'être Dieu, il fait pénitence de sa divinité, divinité qui se taira à la croix. Depuis son incarnation jusqu'à la croix, l'homme-Dieu, Jésus-christ, fait à l'inverse des hommes, qui eux veulent devenir des dieux. Jésus-Christ réalise le devenir homme jusqu'à sa propre perte, la mort éternelle, si le Père des cieux ne le secourt, et nous avec lui. Que l'église se souvienne donc du devenir chrétien !
Christ se sépara de Dieu non pour devenir un dieu, ce qui relèverait de l'ambition ou de la gloire, mais pour devenir un homme, comme une poussière...
Dieu est mort sur la croix : voilà où finit l'Amour du Christ ! Sur la croix, Jésus-Christ, l'homme-Dieu, n'est Dieu pour personne, il ne l'est pas davantage pour lui-même. Aussi il ne reste qu'un homme seul, un Amour abandonné de Dieu et des dieux.
Hénoc marcha avec Dieu ! A nos yeux le parcours de cet homme de foi reste un pur mystère, de sa vie nous ne savons pour ainsi dire presque rien : une prophétie, qu'il vécut dans la foi et que Dieu l'enleva 3. Mais ce rien ne serait-il pas l'essentiel ? L'histoire fut trop courte, et le problème fut justement de réduire l'essentiel à de l'histoire, et cela afin de détourner nos regards de la Vérité, de croire des poètes et autres artistes plutôt que Dieu. Aussi pour satisfaire nos intelligences en mal de livres, quelques hommes d'autrefois en ont écrit, afin de nous conter l'histoire qui nous ferait comprendre la foi d'Hénoc. Car au-dessus de la lettre une science s'ajoute pour l'éternité...
L'acteur n'est pas Dieu, il ne fait pas de miracles ; l'acteur n'est pas un martyr, il n'est pas mort sur une croix ; l'acteur ne connaît pas les souffrances du Christ, il ne s'est pas renoncé pour les vivre. L'acteur est un menteur, et, dans ce sens, l'art dramatique religieux un blasphème, une fiction inutile. L'artiste sera salué, récompensé puis célébré, et ce faisant il fera l'économie de la mort et d'un renoncement vrai ! L'art religieux est une sorte de gnose, rien de plus, rien de moins; une foi factice et arrangée n'est plus la foi, pour cet art ridicule et insensé des hommes se jouent du christianisme, et du même coup renoncent à la foi.
Quelle misère de le savoir, quelle misère de savoir que samedi soir, un fois encore, nous serons acclamés, alors que le Maître, l'homme de peu, n'aimait pas tant l'être, lui qui fut crucifié ! C'est terrible, extrêmement terrible, de savoir aussi que le Maître voulait, et ce fut là son seul désir, qu'on le suivît sur le chemin du Calvaire ! Pourtant, grâce au progrès, et parce que nous aimons jouir, tout en portant le sentiment très profond de s'être exposé ainsi, nous irons, samedi soir, nous faire saluer par une foule nombreuse.
Misère d'un théâtre chrétien dans lequel je suis le plus malheureux ...Etre une victime, ne peut être profitable, sauf, aux yeux de l'éternité. Il n'a pas de gloire, mais pourtant un cœur, un cœur de chair, mais un cœur fidèle. Mon entourage préférant les hauteurs, ne mit pas ses yeux au bon endroit. La croix fut oubliée, et l'homme abandonné.
P. Bertrand
Le Credo par manque de foi, la doctrine par manque de foi, la tradition par manque de foi : la pensée est pour le milieu, par elle les hommes se mesurent à Dieu. Le malheur de ce christianisme est qu'il se rapporte à Dieu de façon indirecte, que ce soit le prêtre, le sermon, un spectacle ou la foule, il se sert d'un milieu pour mieux se passer de la foi. Or la doctrine est devenue la pire chose qui soit, la doctrine explique tout sans rien expliquer du tout, la foi attend et perd son temps, pour finir la foi se taît. Nous avons besoin d'une doctrine vivante, et non d'une lettre morte, d'une connaissance vivante pour une rencontre vraie ; aussi il est clair que l'Ecriture ne suffit pas à faire d'un homme un chrétien si le Dieu vivant, aujourd'hui et maintenant, éternellement présent, ne se répète pas dans ce même homme intérieur.
Considérons l'exemple trinitaire : cette doctrine n'a jamais rapproché personne de Dieu autrement que par la pensée, et encore même après la pensée elle reste insaisissable, de toute manière vouloir l'exposer c'est avoir préalablement douté, aussi pour ce qui est de l'existence elle nous éloigne du Dieu vivant. Pour parler d'Amour il faut que l'homme existe et vive dans la foi, c'est à cet endroit seulement que Dieu nous enseignera, Il se rencontrera et se racontera dans l'homme intérieur.
Il est nécessaire de croire que Dieu dépasse l'histoire, que sa présence transcende le temps, pour comprendre que Dieu veut s'impliquer dans nos vies aujourd'hui et encore demain, en effet sa Présence et son Esprit-Saint sont pour " l'ici et le maintenant ". Aussi il faudra prêcher au monde entier que le canon loin d'être achevé, et cela fait presque deux mille ans qu'on le croit, se construit et s'édifie encore aujourd'hui.
Pour que cesse les persécutions des premiers siècles, persécutions à l'encontre des chrétiens évidemment, il fallait que la pensée soit intéressée, et qu'elle le fût au plus haut point. Il fallait que la nouvelle religion soit élevée rationnellement, et pour ce faire la Parole de Dieu devait se transformer en parole sur Dieu, la prophétie devait faire place à la doctrine, et le croyant à l'élève, ainsi le prophète devenait un théologien, et Jésus un brillant professeur. Unifier, interpréter, faire venir Dieu à soi, pour faire de ses Paroles un jeu éthique, un jeu de logique, jusqu'à faire de l'Evangile un concept, sous lequel on range ce qui nous passionne et ce qui nous grandit, toute cette science les premiers apologistes nous l'on présentée puis rabâchée.
Aujourd'hui la science chrétienne est tellement grosse de vanité et d'imbécillité qu'il semble impossible, pour tout homme qui s'intéresse sérieusement au problème causé par le mal théologique, de mesurer la distance, infinie à vrai dire, qui sépare le christianisme des Evangiles de celui des Pères jusqu'à nous. C'est pourquoi il convient à cet endroit de s'opposer à toute pensée qui verrait un progrès du christianisme ou bien encore l'action de Dieu, or il est absurde de vouloir s'entêter à lier deux mondes si différents qu'ils n'ont jamais connu la moindre communauté, mise à part celle du nom et des mots. D'un côté nous avons les Evangiles qui nous accusent en vue du renoncement et de la repentance, pour faire de nous des enfants, d'un autre côté nous trouvons des hommes qui cherchent à nous intéresser avec des discours, des débats, des catéchismes et des preuves plus ou moins vraisemblables, tout cela afin de nous diviniser et de nous rendre semblables à Dieu. A cause des théologiens l'intelligence du monde fut piégée pour une institution, au lieu d'être accusée pour la liberté.
D'un point de vue scientifique une progression esthétique prise pour elle-même, sans origine et sans but éthique, ce qui bien sûr n'est concevable qu'en dehors d'une existence et même contre cette existence, n'aurait pas d'importance, en quelque sorte elle ne ferait que passer. Mais comme l'esthétique se trouve être, chez l'homme, sous l'empire d'une éthique et faire nœud avec elle, et que ce qui concerne le vivant est de la plus haute importance, nous combattrons toutes prétentions éthiques et esthétiques à la fois qui cherchent à progresser jusqu'au religieux. Ce qui importe pour l'homme-éthique c'est de conclure à son propre monde, d'en imposer, puis d'établir son règne sur autrui, ce qui importe pour le croyant c'est de renoncer à son bien, à son mal, de s'anéantir devant la présence de Dieu, de lui faire toute la place afin de devenir un homme intérieur, un fils de Dieu en vertu de son propre Fils.
A entendre parler tous ces théologiens, on a souvent le sentiment que Dieu s'adresse aux hommes par le seul moyen des Ecritures, des sermons, des catéchismes, etc., c'est pourquoi il n'est pas inutile de parler de ce qui, dans le christianisme, peut devenir une difficulté fantastique :
Je lis la Bible donc je suis chrétien, je rédige mon sermon donc je suis chrétien, je vais à l'Eglise donc je suis chrétien, de même parce que je chante un cantique ou une chanson; mais non, tout cela n'est que poudre aux yeux, et justement parce que c'est par le seul moyen du renoncement que l'on devient chrétien ! Toutes ces supercheries que nous venons d'énumérer résument assez bien la situation d'un homme, qui sous l'empire de sa raison, est devenu chrétien. Or voici ce qu'il faut dire selon l'exigence propre au renoncement : la connaissance vivante de Dieu n'ayant rien à faire d'une connaissance objective de la lettre, connaissance qui renvoie sans cesse à son étude, les Ecritures sont un témoignage en vue de l'accusation pour la foi possible. Ce témoignage vise la repentance du pécheur, rien à voir alors avec cette fantaisie qui veut qu'un homme, sous l'empire de sa raison concevant sa non-vérité, se repente et devienne chrétien, ou pour le dire autrement d'avec une foi raisonnable. Parce que justement les Ecritures accusent ta raison, il faut que devant Dieu toute ton éthique soit abolie, en quelque sorte, et pour plaire à Dieu, il faut se repentir du raisonnable.
Les Ecritures s'adressent à ta volonté : " tu veux ou tu ne veux pas ", c'est à dire : "oui, oui ; non, non ", ce qui n'a rien à voir d'un " tu sais ou tu ne sais pas. " Aucune certitude de la vérité, certitude vivante, cela va de soi, n'est possible avant de la vouloir, et cette volonté, d'accord avec Dieu, lui dit : " je suis un pécheur, c'est vrai!" On le voit, la repentance, la contrition et la croyance, sont déterminées par la liberté, cette liberté qui engage la responsabilité de l'homme vis-à-vis de Dieu. Aussi pour être d'accord avec l'Eternité toujours présente, nous devons taire une fois pour toutes cette raison qui cherche à nous perdre dans les contradictions du genre : le bien, le mal ; l'enfer et le paradis ; ceci, cela ; etc. Le raisonnable s'habille à son goût, et se fourvoie dans une logique qui se moque de Dieu ; la raison, l'éthique, font un seul côté du choix, et s'opposent à l'autre côté que regarde l'invitation. Dieu qui a l'initiative de sa présence, qui suite au renoncement ne se refuse pas au pénitent, voilà ce que font sa grâce et sa charité !
Le protestant, qui se connaît en tant que protestant, voudra nous couvrir de fers. Il anéantit notre liberté, et par là même notre responsabilité face à la félicité, et pour le faire il subordonne la foi à une intelligente raison, sa foi est déterminée par ce qui est compris, elle est définie par une doctrine. La Réforme n'a pas vu, en ce qui concerne les œuvres, que le renoncement est une œuvre vivante de l'homme contre lui-même, une déconstruction éthique, une raison qui fait place au désespoir, un désespoir qui se vide de raison. la Réforme a donc détruit la liberté et sa possibilité qui regarde le salut de tout homme qui vient au monde.
Le protestant veut un avenir tout écrit, il refuse une possibilité qui serait le propre de Dieu et des hommes. Il n'y a pas d'école des possibles chez les réformés, il n'y a pas de liberté, mais des hommes intelligents, d'heureux savants sauvés en vertu d'une doctrine bien comprise et d'un catéchisme bien assimilé.
C'est Luther qui donna à Calvin le fil du destin, et encore j'oublie Augustin. Aussi Jean Calvin procède selon les techniques et méthodes des premiers Pères, il pratique la théologie du "jusqu'à un certain point ". Après avoir exposé son interprétation des Ecritures en une multitude de leçons, il pose le mystère divin en ceci que c'est toujours le bon vouloir de Dieu d'agir de telle ou telle manière, et poser le mystère ainsi lui semble logique et naturel. Le mystère suit la théologie, la connaissance définit ses bornes pour la foi, enfin cette belle théologie nous damne la plupart des hommes pour l'éternité depuis une éternité.
Pour ma part l'influence de sa pensée me força à lire un peu de son œuvre 4, l'Institution me donna la nausée. Comment peut-on se rendre complice de cette prédestination qui court partout et toujours ? La célèbre doctrine court déjà sur toutes les pages de son livre. Dans son ensemble l'Institution ressemble à un vaste catéchisme qui se fonde sur l'Ecriture, le genre apologétique, Martin Luther et saint Augustin. Les Ecritures ne suffisant pas à nous convaincre, vu le silence occulte qu'elles gardent sur la doctrine, il fut donc avantageux d'appeler Augustin et les autres pour forger un système théologique voir philosophique superbe et cohérent. En résumé l'Institution trouve ses jointures dans la prescience et l'élection divine selon les savants d'autrefois, ce qui est à proprement parler construire sur du sable.
Ce qui compte c'est le premier mouvement, le premier pas : tu renonces à toi-même, tu le veux ! alors c'est fait, Dieu s'occupe du reste, car à partir de là, de cet instant de volonté, toute une vie se trouve conditionnée par la foi et la présence de Dieu. Mais cet instant loin d'être dérisoire est de la plus haute importance, l'instant prend une signification décisive lorsque l'homme désespère tout à fait de lui-même. Qu'il renonce à sa vie, qu'il renonce à être un dieu, et c'est à partir de là précisément que le seul vrai Dieu se manifestera. L'Esprit-Saint en sera témoin, si bien que pour toi cette pensée sera certaine : " Je suis une non-vérité mais Dieu est ma Vérité ! "
L'homme ne peut être un croyant des avis de lui-même. La raison-éthique immanente à tout homme détermine chaque homme à se connaître lui-même pour lui-même, c'est pourquoi la croyance comme condition de l'intelligence demande de poser un autre que soi, en dehors de soi, et par là même contre soi.
Pour Socrate et le socratisme, le sage peut trouver, en lui-même, un point fixe et immuable par rapport à une rupture ou à son devenir. Il s'agit de connaître sa part de divinité 5, et c'est dans ce sens que pour Socrate la vérité se trouve toujours dans l'homme. Les enfants du premier philosophe poursuivront la même pensée : Platon et sa dialectique, Philon d'Alexandrie, Plotin et les Pères de l'Eglise, jusqu'à nos sages modernes qui ne cessent de nous présenter l'homme comme étant un dieu, ou comme pouvant le devenir. Tous nous invitent à cette connaissance de nous-même, afin de découvrir le dieu que nous cachons tous ; mais en voilà assez pour la première philosophie, car même sans le dire il est évident que nous sommes des dieux, et c'est justement pour cela que le renoncement nous est commandé ! Jésus a raison contre Socrate, car l'homme doit renoncer à sa vérité pour accueillir l'Unique Vérité.
Chez ces Pères apostoliques nous trouvons encore le vrai parfum des Evangiles, une authentique imitation de Jésus-Christ, mais de ces saints hommes aux apologistes il y a comme un fossé qu'il fallait oser creuser. Franchir l'obstacle ne sera plus un problème pour le renonçant, la foi franchit aisément les vaines subtilités et les faux témoignages apportés par tous les siècles qui nous précèdent, et parce que l'humilité précède la gloire il est bon que les hommes de foi restent cachés aux yeux des docteurs et autres pharisiens. Tout cet étalage de théologie depuis les temps anciens ne vaut rien, et ne fait que de l'ombre à celui qui vit par la foi. C'est pourquoi nous pouvons affirmer que la véritable Eglise, depuis nos Pères apostoliques, se trouve dans l'assemblée qui se cache dans le désert du monde, et cela parce que le véritable désert se trouve, de nos jours, dans ces églises filles de la théologie.
Les saints-pères marcheraient à la suite des apôtres, ou mieux encore de Jésus-Christ? Mais non, en fait ils visitent la planète, font du tourisme, une promenade, etc. ! Toute la différence est posée par l'existence, et celui à qui elle regarde. Au terme de ses voyages Paul fut décapité, quant à Jésus il fut crucifié. Le saint-père est acclamé, et même, ce qui tient du blasphème, il est vénéré comme adoré. En fait il se regarde lui-même, il est ce dieu dont nous ont parlé les philosophes et auquel Jésus, justement, nous demande de renoncer.
" Le royaume de Dieu est au-dedans de vous ", et Jésus s'adressa ainsi aux pharisiens avant de s'entretenir avec ses disciples. La traduction veut, à cause du contexte, que ce soit au-dedans et non au milieu de nous que l'on trouve ce royaume. En effet le royaume de Dieu n'est ni ici, ni là. Aussi l'homme de la foi invitera son Dieu à prendre possession d'un royaume, et d'un temple, dans son homme intérieur.
Il faut dire encore selon une antique philosophie qui est aussi première et qui de ce fait réapparaît régulièrement au fil des siècles, que ce royaume et ce ciel intérieur, selon un Plotin par exemple, sont préalablement habités par l'Un-Bien, par la divinité, et que ce faisant l'homme intérieur sous-entend déjà le religieux, alors que pour nous ce royaume et ce ciel sont des déserts qui ont soif de Dieu. La différence n'est pas dans le regard puisque les deux regards se tournent vers l'intérieur, mais le désaccord se rapporte à la nature du royaume, car le philosophe-théologien a conjecturé le religieux en avançant les raisons éthiques qui reposent sur son immanence. Disons pour conclure que ces philosophes ont eu le bon regard selon la direction, bien qu'ils aient erré en ce qui concerne leur propre nature.
Socrate ne désespérant pas assez de lui-même économisa sa raison et en trouva une nouvelle, de cette façon pouvait naître la première philosophie. Ne pouvant se frayer un passage par-delà ce monde grâce à une foi vivante et vivifiante, il ouvrit un chemin lui-même au moyen d'une science toute personnelle, qui venait d'une connaissance immanente à chaque homme, et c'est à cet endroit précisément que Socrate mit au monde la première philosophie, religieuse aussi. Socrate venait de construire une logique de la mort en vue de l'au-delà, enfin le plus sage d'entre tous les hommes savait se sauver lui-même 9.
A la suite de ce théologien les autres pouvaient venir et construire à leur tour sur le sable de la connaissance, et c'est le jour où cette science prit la forme de la Vérité que nous fut révélé la foi théologique, la foi qui se pense, et que du même coup nous fut caché l'Eglise de Jésus-Christ.
Du haut de l'Institution Francis Schaeffer 10 examinait les philosophes. C'est de la Réforme qu'il faut partir pour saisir le point de vue éthique du penseur religieux et protestant. A son tour il rejoint cette leçon enseignée de Justin à Calvin, pour s'arrêter à la Réforme, qui veut que malgré la catastrophique existence de l'homme sans Dieu il lui reste quelques bonnes raisons, intacts et pratiques, semences divines et raisonnables en quelque sorte, qu'il n'a pas tout à fait perdues et que Dieu a épargnées ; aussi comme Albert Camus l'évangéliste sauve notre raison en lui donnant des limites, en lui offrant un milieu dans lequel elle peut se plaire et s'exercer 11. De là il finit par affirmer que la connaissance précède la foi, que l'Ecriture, qui apporte une science de Dieu, de l'homme et de la nature, constitue un champ unifié de la connaissance en un système complet. L' auteur célèbre tout ce que la Réforme a produit de culture, il avance des preuves et il amasse des preuves...Le saut reste sans réponse de la part de Dieu, dans la condition du saut Dieu reste silencieux puisque pour le théologien la réponse précède obligatoirement la foi. Dieu devient une sorte de professeur et à nous de poser des questions au lieu de ce qui nous accuse, Dieu explique, etc., en bref l'explication divine amènerait la repentance, or dans ses trois principaux ouvrages 12 Schaeffer parle peu de repentance.
Il faut dire encore que cette pensée pèche contre la Réforme puisqu'elle préconise une sorte de libre arbitre loin de tout déterminisme, mais peut-être faut-il seulement y voir une raison confuse qui cherche à s'épargner ? Pourtant ce semblant de liberté ne change rien au fait qu'en reniant le saut et la foi qui l'accompagne le théologien abolie le paradoxe religieux ,se moque du désespoir vécu, et anéanti la vraie liberté offerte à chaque homme dans le renoncement selon Jésus-Christ en vue du salut. Pour l'auteur-philosophe le christianisme est une école de pensée où l'élève pose ses questions pour s'instruire et réussir, et où le professeur lui répond en vue de son prochain examen. Le penseur " évangélique " reste un connaissant, un éthicien, auquel il convient d'opposer toute la force du renoncement.
L'homme n'a pas de libre arbitre, il en est dépourvu, mais cela s'entend dans le sens qu'il ne peut aimer Dieu si il le veut, car si il l'aime de cette manière le sentiment se rapporte à son éthique et donc à lui-même, et c'est à cet endroit qu'il faut comprendre que ce qui donne une illusion de liberté et tout au contraire une vraie servitude, la liberté éthique ne pouvant sortir d'elle-même sans revenir sur elle-même.
Le commandement d'aimer Dieu compris comme une accusation et une impossibilité nous place devant l'irrationnel et la contradiction pratique, ou si l'on préfère devant une opposition d'existence, l'homme trouve sa place contre Dieu et en dehors de Dieu. Mais l'ordonnance est aussi une invitation, c'est Dieu qui a l'initiative de sa présence, de se placer contre et en dehors, c'est pourquoi celui qui désespère tout à fait de lui-même, qui s'amende et se renonce, se libère parfaitement des chaînes qui le retiennent loin de Dieu ; renoncer devient le seul acte de liberté, et cette œuvre de déconstruction, cet anéantissement devant Dieu, est possible pour chacun d'entre nous. Beaucoup de figures rendues célèbres par l'histoire n'ont rien accordé à cette puissance du repentir propre à chacun, et ce faisant ont erré tels des musulmans pour leur guerre sainte.
En Jésus-Christ la présence de Dieu montre l'Amour tout en expliquant le chemin, hors de cette présence je suis seul avec ma science. Il n'a pas menti le serpent ancien lorsqu'il disait que nous serions comme des dieux selon le bien et le mal, car c'est le propre des dieux que de le connaître, qu'ils soient hommes ou démons les dieux se rapportent au bien et au mal chacun à son endroit, et c'est cette science qui les pose contre le seul vrai Dieu. L'homme étant un dieu, son but suprême est de s'ériger en modèle pour lui-même et pour autrui, au niveau de l'éthique la modestie et l'humilité ne sont que les moyens pour parvenir un jour à cette heureuse fin, même l'esclave désire un empire ; tous ne peuvent pas régner à la fois et c'est pourquoi la plupart se contenteront d'un régime moindre, chacun dans son domaine, dans sa maison, ensuite la démocratie ajustera et fixera tous les esprits, la politique est en puissance dans l'éthique, la politique c'est la religion des dieux et des démons.
Se renoncer pour Dieu n'est pas la même chose que de se soumettre à une éthique ou encore à une Raison triomphante, l'éthique est le propre de l'homme sans Dieu et des dieux. Se renoncer signifie s'anéantir pour une vie qui vivifie, pour une existence qui veut remplir et posséder la vie d'un homme pour l'amour de celui-ci, être en la possession de Dieu voilà ce que signifie la félicité. Mais Dieu n'est pas à confondre avec l'éthique, celle-ci ne se trouve pas en Dieu, il faut comprendre que l'éthique signifie l'homme sans Dieu, la créature qui se détermine elle-même pour elle-même. En Dieu on trouvera la vie suprême mais pas l'éthique qui elle est contingente au créé, le caractère du créateur ne peut être appréhendé par une logique du bien et du mal, le bien et le mal ne peuvent se comprendre que d'un point de vue qui est situé en dehors de Dieu, et ce qui détermine toute éthique à exister c'est cette connaissance propre et immanente à chaque homme.
A l'endroit de la raison l'existence divine se plaçant en dehors et contre elle, Dieu perd tout intérêt existentiel des avis de l'homme, il ne pourra être approcher que par un concept, son idée ; une idée qui ne correspondra jamais à une existence, mais les hommes s'en contenteront et la conjecture forgera un Dieu théologique. Ainsi pouvait être écrit ce que je traduirais de cette façon : " Voici qu'Adam est devenu comme celui qui s'est séparé de nous pour connaître le bien et le mal, et maintenant qu'il ne tende jamais la main pour prendre de l'arbre de vie, en manger et vivre éternellement 13. " C'est que l'homme préféra sa propre présence à celle de Dieu.
Il est clair que pour ce qui est de leur prédestination Luther et Calvin s'autorisent d'Augustin. Mais pourquoi faire parler Augustin lorsqu'il y a les Ecritures ? Simplement parce qu'à l'endroit du destin les Ecritures ne suffisent pas. Et comment cela se fait-il ? C'est que l'Ecriture n'est pas prisonnière d'une logique, d'une éthique. Rien qu'à l'endroit de saint Paul on trouve des contradictions en ce qui concerne la prescience et la liberté, mais il y a une contradiction là où refusant un paradoxe nous cherchons une logique, or le croyant sans logique comprend le paradoxe, c'est pourquoi le croyant ne trouve aucune contradiction dans les Ecritures. En effet le croyant part du renoncement, il ne fait pas venir la logique du ciel, il sait qu'elle appartient à la terre. C'est une couture qui fait la logique, qui lie et assemble ces contradictions, pour édifier enfin une exégèse, un système et une science de Dieu.
Pour une science totale et englobante il faut attendre Augustin ; voici pourquoi, aujourd'hui encore, les théologiens et beaucoup d'hommes religieux trouvent dans les écrits du Père une garantie qui se suffit à elle-même : Augustin c'est le moment de l'histoire où la théologie est la mieux achevée. Or pour que cet achèvement soit fondé il faut qu'il en soit de même pour les Ecritures, il convient de poser le canon. Théologie et canon vont ensemble et pour ce faire on jeta l'inspiration dans le passé, l'Ecriture prisonnière de l'histoire les livres pouvaient être cousus et reliés ensemble, et le canon ainsi édifié fut fixé à un moment précis, à une date décidée par le plus grand nombre des savants d'autrefois qui ne pouvaient souffrir une inspiration contemporaine. Pour poser le premier fil, il faut arrêter le canon, il faut connaître le début et la fin de l'œuvre afin de la dominer dans l'espace et dans le temps, pour la gérer à son gré selon le consensus d'une heureuse assemblée grosse de théologie. Suite à la nouvelle théologie, et pour qu'elle fût parfaite et ne manque de rien, le destin d'Augustin put venir.
L'église théologique est à proprement parler l'adversaire et l'ennemie de l'Eglise spirituelle. La théologie éloigne la créature de son créateur, on le voit dans ses propres termes, dans ses écrits, dans ses doctrines et autres catéchismes, cette science nous accuse mais taisant ce que nous sommes elle nous montre ce que nous ne sommes pas. Et puis il s'est fait homme ce Dieu qu'une science nous fait voir si lointain, il est devenu faiblesse sur cette terrible croix. Il s'est fait chair ce Dieu superbe, chair d'un petit enfant, puis d'un enfant, et c'est encore jeune homme qu'il fut crucifié. Ce Dieu renonçant, prisonnier de l'espace et du temps, se trouve être à mille lieues du Dieu des théologiens. Et comme tout homme parfait ne veut pas être aimé de ses enfants pour les seuls biens qu'il possède, de même Dieu désire par amour et pour l'amour se faire connaître à nous sans le moyen de la théologie, au paradis il n'y a pas de place pour les dieux.
Il y a un désespoir charismatique qui fait le charismatisme de tous les jours. Ce désespoir est signifié par la fin du canon qui suggère la mort du Paraclet, alors il ne reste plus qu'un semblant de prophétie, une inspiration moindre et peu sûr. Ce désespoir est donc motivé par un souci du Dieu vivant, et se souci se rapporte à l'accusation et à la Parole d'un Dieu présent qui se trouve en dehors et qui se place contre l'éthique. Il reste à l'homme charismatique de traduire son souci en œuvre vivante, en renoncement, afin d'accueillir le Dieu qui libère.
Le plus souvent notre homme se sait accusé ! Mais un malheur fait qu'il rentre en lui-même, et cela pour construire une théologie de la présence, théologie qui se traduira en école des prodiges. L'accusation l'ayant porté à une tension spirituelle sans équivalent il se retrouve sur la brèche, soit il se rend et renonce, soit il cherche à comprendre et s'explique la présence divine, car il y a aussi une théologie du charisme. Mais voici qu'à nouveau notre homme tombe en lui-même et que sans pudeur aucune il se farde en prophète, judaïse à outrance, ridiculise la Parole de Dieu, son Verbe saint, en poussant le contresens jusqu'au langage, dansant et gesticulant à tout va. Bref, il traduit son tourment religieux en mascarade et en fantaisie ; devenu prophète il nous commande de juger, de prendre et de laisser ses paroles selon qu'elles sont inspirées ou qu'elles ne le sont pas, car cela dépend du moment, et c'est à cet endroit, nous dévoilant l'éthique, qu'il nous montre en qui il croit. Plus tard nous le verrons courir après maintes récompenses et louanges ; qu'ils aient les honneurs sur terre ceux qui ne les auront pas au ciel ! Mais il peut arriver qu'il revienne sur la brèche et qu'il entende à nouveau l'appel de Dieu : qu'il se renonce et le piège de sa présence se dérobera, pour laisser place à la seule Présence qui donne la vie et la rempli en son entier !
Hélas ! trop souvent je l'ai vu dans une arène poser son théâtre et jouer au chrétien, exposant les prodiges divins aux yeux de tous et sans pudeur, sans intimité, sans aucune prudence. Alors le charismatique n'est qu'un semblant d'homme intérieur, qui loin d'avoir renoncer à lui-même préfère s'accorder l'importance des divers phénomènes spirituels en se donnant en spectacle au milieu de ses frères. Il préfère une foule à un individu, une prière publique à une prière plus intime, pour lui ce qui est manifeste prédispose la vie intérieur, en quelque sorte il se nourrit à son école du fabuleux, qui manquant de réalités substantielles s'est même ralliée les dons naturels sous les noms menteurs de spirituels. Notre homme manque d'assise, il lui faut un meilleur fondement, et rejeter se devenir disparate qui, sous les traits du merveilleux, lui cache un renoncement vrai qui veut le fixer en Jésus-Christ pour l'éternité.
Aujourd'hui nous en sommes là, tout le monde est plus ou moins artiste, et les pasteurs et autres prêtres n'échappent pas à la règle générale du nombre. Ils bâtissent des spectacles et espèrent par ce confortable détour remplir leurs églises, car si c'était pour peupler le Royaume des cieux il suffirait alors de prêcher une repentance sans artifices, puisqu'on y entre par la seule conscience du péché. Mais les gens ne voulant pas s'embarrasser d'un immédiat de souffrance, nos pasteurs s'arrangent pour plaire et médiatisent l'accusation par des produits artistiques. Pourtant l'art faisant l'admirateur et l'admirateur le consommateur, il y a confusion ou tromperie à vouloir les marier à l'Evangile, qui a pour seul et unique but de nous faire sentir toute notre misère afin de nous amener au salut en Jésus-Christ. Entre art et Evangile il y a une contradiction aussi prononcée qu'entre science et renoncement. Vouloir ramener la croyance par un fil conducteur, tel que celui-là soit déterminé par le beau, c'est proprement interdire le renoncement et ses tribulations.
Celui qui croit au Dieu vivant, ici et maintenant, ne peut pas être d'accord avec un Clément d'Alexandrie 15, qui décrit la vie chrétienne comme un chemin qui va de l'initiation à la perfection, de la catéchèse à la gnose. Rencontrer Dieu à ce prix-là laisse trop de place aux passions, aux conjectures de toutes sortes. Avec ce Clément-là l'immanence ne se tait jamais, ce genre de rencontre nous ramène toujours à l'homme. La raison qui cherche Dieu cherche à se le rendre présent, mais seul Dieu a l'initiative de sa Présence, et là où Il trouve un renonçant Il se révèle parfaitement, or pour ce faire il y va d'un instant, et celui-là refuse toute distance de Dieu à nous. Connaître Dieu c'est la même chose que de le rencontrer, et cette rencontre est un miracle. Après cela être toujours en harmonie avec l'Alexandrin, c'est vouloir conditionner la rencontre par les distances relatives à l'éthique. Plutôt que des savants nous avons besoin des prophètes.
Le prophète est au principe de l'Eglise, le prophétisme construit et édifie l'Eglise sur la Parole du Christ. Au commencement était la prophétie. Les charismes instruisaient l'Eglise primitive, ce fut une explosion prophétique, mais suite à ces temps heureux nous vîmes des savants prétendre aux premières places, et pour s'y asseoir jeter l'eau sur le feu, afin d'éteindre les charismes trop brûlants et d'élever leur science en nouveau principe. Simples comme des enfants les prophètes furent toujours des renonçants, aussi ils ne s'occupèrent jamais de théologie. Mais il fallait comprendre, les études et les écoles regardaient les premières places, toute cette émulation du paganisme visait les premiers rangs .
Aujourd'hui encore l'heureux théologien se voit accorder maints titres et diplômes, relatifs à ses difficiles études passées dans les cercles séculiers. Et au sein de son église une école de prophètes ne tardera plus à ouvrir ses portes, et alors notre théologien enseignera la prophétie et le prophétisme aux élèves qui font son entourage! Il est tranquille, les écoles et les canons ont depuis fort longtemps fermé la bouche des croyants ! C'est la raison pour laquelle beaucoup de voix ne sont pas parvenues jusqu'à nous ! Voulant parler à la place du Logos de vérité l'église savante a fait de nous ses pauvres malheureux, mais des malheureux qui se tiennent à l'écart d'un public chrétien pour se retrouver heureux en esprit et en vérité.
Une croix placée en dehors de l'homme intérieur ne sert de rien, elle témoigne contre lui. Une seule voix qui s'élèverait du milieu de l'assemblée pour exhorter au renoncement produirait certainement un mécontentement général. C'est qu'une croix n'intéresse pas grand monde lorsqu'elle n'est plus revue et corrigée par le nouveau principe.
L'humilité précède la gloire, et pour que son juste vive par la foi Dieu nous montra l'humilité. L'humilité est la maison de la foi, et celle-là demeure fidèle aux limites imposées, elle existe dans l'humilité. Mais voici qu'un jour une église en devenir réforma la foi, repoussant ses limites assez loin pour embrasser les horizons de la science, puisqu'elle sortit d'elle même, l'humilité derrière, pour connaître la totalité du pensable. C'est pourquoi, le plus souvent, la foi se pense. Transformant l'objet de la foi en concept, le théologien et l'étudiant cherchent l'unité, l'universel, c'est à dire l'espace sous lequel toutes choses, toutes doctrines, se rangent et trouvent une place. Ils croient aider la foi en lui donnant ainsi ce mouvement, cet élan hors d'elle même, alors qu'en le faisant ils ont aboli la foi. De la création à la révélation de saint Jean la théologie nous a transporté d'école en école, d'interprétation en interprétation, d'exégèse en exégèse, et finalement d'excès en excès, car le plus souvent et du point de vue de la pensée le théologien est un excessif. Que le théoricien religieux soit transformiste ou créationniste, qu'il soit partisan du millenium ou non, luthérien ou catholique, peu importe, notre théologien demeure dans une pensée qui a créé son monde, une pensée artiste qui veut plaire tout en nous enseignant ; le docteur religieux cache un professeur, et soit qu'il enseigne telle leçon soit qu'il en préfère une autre, cela ne change rien au fait que plusieurs maîtres professent dans une même école.
Parce que seule une lettre morte soulève ces difficultés, il serait urgent de retrouver une Parole vivante et une lettre vivifiante ! La lettre est morte, Dieu se trouve en dehors et contre l'homme intérieur, et dans ce sens nous pouvons affirmer que d'un point de vue subjectif Dieu est mort, par contre vous le saurez vivant lorsque petits et humbles vous entendrez sa voix dans vos voix, et sentirez sa vie dans vos vies.
La connaissance qui ramène toutes choses à la divinité exige que cette nature soit trouvée dans l'homme intérieur, et qu'elle en soit au fondement et au principe. Pour qu'une telle connaissance soit certaine et vraie il faut qu'elle soit mise en rapport avec une existence, c'est à dire qu'un autre existant se rapporte à sa propre existence, et de cette façon l'homme connaîtra la pensée du Dieu unique et suprême qui existe dans tout renonçant et pour tout renonçant. Or le pénitent sait qu'il a été créé pour l'amour et non pour la curiosité, et c'est déjà beaucoup que de le savoir. Vouloir tout ramener à l'Unique par la pensée et non par l'existence s'est vouloir s'ériger en modèle, ce qui est la même chose que prendre la place de Dieu. Seule une rencontre d'existences fera une connaissance vraie, mais cette rencontre suppose la croyance et le renoncement dans l'homme intérieur.
L'homme de foi sait que seul Dieu fait un nœud entre le ciel et la terre, et il laisse Dieu faire le reste. Mais le savant se prend pour un grand couturier, et il n'en finit pas de lacer des nœuds qui lui échappent. Placé entre deux infinités le théologien ne s'en sort pas, la logique au travail il cherche à raisonner avant de croire. Il pose ses questions et les Ecritures lui répondent, enfin il croit au Dieu qu'il s'est forgé, cette idole spirituelle, idole en vérité puisque le concept de Dieu n'est pas, et que cela n'est pas moins vrai d'une nature qui lorsqu'elle se rapporte à la pensée n'est rien de plus qu'une logique bien comprise, un monde possible, une loi probable.
La félicité bien comprise est pour celui qui a la pensée du Christ, et les particularités du divin n'y suffisent pas. En Christ Dieu fut un individu de chair et de sang, et cela afin que ces particularités, qui sont contre nous, nous ramènent à lui par le moyen de la foi pour que Dieu vive en nous. J'ai vu des orateurs, des poètes, des musiciens, jamais de pasteurs! Mais laissons tous ces hommes saisir Dieu par la pensée et se perdre dans le milieu, laissons à ces prêtres le soin d'absoudre et d'enseigner, quant à nous continuons de saisir l'éternité avec amour, dans une foi vivante.
Notre pensée se trouve impuissante à nous amener l'existence de Dieu, par rapport à ce qui en est pensé Dieu n'est pas. L'existence de Dieu se manifeste dans la foi, par le renoncement du pensable. Celui qui connaît Dieu c'est celui qui l'a rencontré, si tu expliques tu mets une distance, tu te mesures à l'éternité, et ta recherche montre finalement que tu ne connais pas Dieu. Le théologien lutte avec Dieu : qu'il se repente et Dieu le bénira, qu'il pleure et il obtiendra sa grâce, par le renoncement il sera vainqueur ! Que le oui soit oui, que le non soit non, ce qui se rajoute vient du malin, et toi justement qui viens expliquer ce petit point très particulier tu viens aussi d'en rajouter. Ce qui importe c'est de lui obéir, c'est d'obéir à l'insondable Amour qu'il nous manifeste, car c'est en cela précisément que Dieu est manifeste pour nous. Obéir c'est agir, et cette action vient de la foi qui accompagne le renoncement. L'Amour de Dieu parle de lui-même, ainsi l'homme entend Dieu, ainsi l'homme connaît Dieu. L'Amour du Dieu vivant se raconte lui-même, l'Amour n'est pas savant, aussi il se passe toujours de théologie et d'études difficiles, choses qui nous éloignent, nous occupent ailleurs, pendant qu'en ce lieu précis l'Amour attend.
Pour Dieu qui attend, pour l'homme qui désespère, la théologie est une perte de temps. Les cérémonies, les explications et les bavardages, nous font gagner un monde tout en nous en faisant perdre un autre, et ce monde perdu qui est aussi à venir est bien le meilleur des mondes. Mais l'église progresse... ; depuis les apologistes les théologiens écrivent, expliquent, et perdurent, mais pendant tout ce temps le Royaume des cieux qui est proche attend. Sans parler de l'art, de l'art qui explique tout si bien...Le nouveau théologien est artiste, mais cela aussi fait partie du progrès, et sûrement que les deux feront le missionnaire de demain ! C'est qu'il en ont du temps à perdre, tous ces profanes, qui écoutent et questionnent gentiment!
Depuis les apologistes le christianisme force la connaissance de Dieu au moyen des concepts, il en est ainsi des conciles, des catéchismes, et des doctrines, qu'elles soient trinitaires, christologiques ou autres, or toute cette connaissance reste une connaissance possible ou probable. Depuis ces temps anciens le christianisme faisant l'économie de la raison a renversé la foi en la corrigeant par la pensée, c'est pourquoi la théologie n'est qu'une science du possible. Mais l'homme a ses limites, et de ce fait il ne réalisera que les possibilités qui sont en son pouvoir, pourtant l'éthique détermine les possibles qui lui sont immanents sans pouvoir s'empêcher de juger de ceux qui lui sont transcendants. L'homme têtu aime à sortir des limites que la création lui imposa, il fut créé le sixième jour mais il voudrait encore regarder le premier, et même avant ; il vient après Dieu et après la nature, et encore il voudra selon lui-même forcer les existences au moyen de sa science. Du point de vue de la création l'homme a la dernière place, et à la façon d'un Nicolas Hulot nous pouvons affirmer que la nature nous transcende 16. Aussi l'homme ne fait pas le milieu, ni le théologien, il n'a pas la puissance de lier le ciel et la terre. Par rapport à la pensée la nature et Dieu ne sont que des possibilités, des probabilités.
Il faut comprendre que Dieu se fait connaître à notre homme intérieur par sa seule présence, par son témoignage. Il faut comprendre encore qu'avoir la foi ce n'est pas la même chose que de croire à une vague possibilité qui ne se réalise point dans l'intériorité, au contraire, car dès que de ton propre mouvement tu renonces parfaitement, le Dieu vivant et présent qui venait de t'accuser fait le reste et se manifeste par son témoignage très saint. C'est que la croyance fait la même chose que la contrition, les deux vont ensemble, et c'est l'Esprit de Dieu qui se répétant nous accuse de péché afin de nous délivrer, car Dieu a toujours l'initiative de sa présence ; mais préférant une fiction, une mythologie, un christianisme triomphant, beaucoup se bouchent les oreilles pour s'écouter eux-même, aussi la plupart n'entendent pas ou entendent mal l'Esprit qui appelle. Au moins il est assez remarquable que plusieurs philosophes aient eu un regard très juste en ce qui concerne le sujet connaissant 17, cela laisse à réfléchir sur des hommes qui se comprennent et se connaissent dans leurs limites, certainement qu'ils n'ont rien à envier à tous ces théologiens qui sont dans l'éthique et la confusion religieuse, aussi il vaut mieux être profane et se connaître que se mêler de Dieu sans l'avoir rencontré.
Dans le livres des Actes des Apôtres 18 nous trouvons une apologie qui est des plus précieuses, et qui en peu de mots va bien au-delà des futurs écrits d'un Justin ou d'un Clément d'Alexandrie qui n'intéressent pour ainsi dire que la pensée. Mais tant que l'apôtre se risque à un peu de philosophie il échoue en ce qui a trait à l'Evangile : il expose les catégories philosophiques telles que le mouvement, l'être, les conjectures poétiques, Dieu en qualité de démiurge transcendant, mais tout à la fois immanent à sa création. Jusqu'à ce qu'il les exhorte à la repentance Paul se trouve sur le terrain des Grecs ; aussi il peut sembler qu'il parle selon les conjectures de son temps, et que selon cette perspective il prenne parti pour un Evangile sans risque, un Evangile artiste en quelque sorte, qui serait d'accord avec un Dieu possible, un monde possible, car le propre de l'art religieux c'est de faire de la véritable religion une possibilité. L'artiste est un créateur qui mêle le vraisemblable, l'apparence, à la réalité, la fiction accompagnant la vérité. Sans aucun doute tout cela serait vrai si l'apôtre, suite à ses discours, n'en venait pas à exhorter son entourage au renoncement. Car ce qu'il faut comprendre c'est qu'il tient toutes ces conjectures pour des temps d'ignorance, et que c'est après l'avoir dit qu'il annonce enfin le devoir de se repentir à tous ceux qui l'écoutent. Il se trouve à une distance infinie de ceux qui plus tard trouveront dans nos raisons quelques semences divines à épargner, en effet pour l'apôtre la sagesse du monde n'est que folie et ignorance de Dieu.
D'accord avec le poète, mais par ailleurs avec la vérité, il affirme que l'homme est un dieu, qu'il est de la même race, mais juste un peu plus loin il demande à ce même homme de se renoncer, et par là même de se repentir de cette immanence qui fait de lui un être divin, et il donne comme fondement à son dire l'imitation de Jésus-Christ, ce Dieu qui jugera les hommes parce qu'il fut un homme de chair et de sang que Dieu ressuscita d'entre les morts. D'un seul coup saint Paul accuse la raison qui se plaisait à ces discours, il y avait un certain plaisir à écouter ce que l'on connaissait déjà, il y avait une félicité à entendre ce qui nous sauvait auparavant, jusqu'à ce qu'elle se trouve accusée la sagesse s'expliquait la foi de l'apôtre, Dieu et son serviteur ne semblaient pas se tenir contre les sages d'Athènes, et pourtant ce Dieu qui dés lors est devenu véritablement le Dieu inconnu exhorte au renoncement philosophique, c'est à dire à celui de l'homme tout entier.
L'apôtre ne laisse personne dans son monde possible, dans sa création, il veut que le profane échappe à lui-même, au piège qu'il est pour lui-même. Suite à l'exhortation il y va d'un saut, et c'est en vertu de ce saut et de ce renoncement que quelques uns suivront Paul, et non en vertu d'un postulat philosophique, qui lui avait régalé tous les autres.
Paul fut apôtre, et quoi qu'en pensent ceux d'aujourd'hui il ne fut jamais un théologien. Paul rencontra Dieu, il ne s'arrêta pas à des mots, car précisément les mots l'ont conduit jusqu'à la demeure du Dieu vivant. C'est au-delà des mots que l'on rencontre Dieu, pas dans les mots, et lorsque l'apôtre nous a écrit il l'a fait dans l'esprit et l'espoir que nous rencontrions Dieu à notre tour, ce Dieu qu'il trouva sur le chemin de Damas. Au contraire le théologien conçoit Dieu, et c'est dans les mots qu'il le peut, sa rencontre est un rencontre d'ordre scripturaire, il comprend l'éternité selon une école, une éthique reçue, la théologie s'arrête aux mots.
" Au commencement était la Parole 19 " : ce n'est pas une leçon qui le dit mais une rencontre, l'apôtre Jean décrit cette rencontre dont il fut le témoin et l'intime tout à la fois, il ne fait pas non plus dans la philosophie, il ne s'embarrasse pas d'un clin d'œil aux philosophes de son temps, il nous laisse son témoignage voilà tout.
" Je suis celui qui est 20 " : par ces mots Dieu exprime son souhait de rencontrer chacun d'entre nous dans son " ici " et dans son " maintenant ", Dieu ne laisse pas une curiosité ou une devinette aux théologiens qui viennent ni aux savants qui cherchent, mais toute son espérance qui regarde une rencontre personnelle avec tout homme qui vient au monde et qui renonce à lui-même.
L'apôtre trouva Dieu par le renoncement qui le chercha, car seule la contrition cherche Dieu. L'Ecriture regarde l'espérance de Dieu et des saints, pour que des rencontres se poursuivent, et que la connaissance repose dans la Vérité.
Il est extraordinaire que Dieu ait ainsi privilégié notre siècle éclairé pour ce qui regarde l'interprétation de la Genèse. Pauvre Moïse qui après avoir écrit est mort sans savoir...!C'est que nous, fort heureusement, nous sommes instruit par une théologie qui nous explique tout, et qui se mêle à ce point des sciences que l'on ne sait plus très bien si notre théologien est chrétien ou bien physicien ! Il accommode si nettement les Ecritures aux nouvelles théories, que l'on pourra encore se demander si la dernière nouveauté ainsi mariée ne doit pas à son tour faire l'objet de notre foi ! Sans parler de ceux qui mélangent tout au point que nous annonçant la création comme une sorte d'évolution, ils pensent de cette manière et à leur façon avoir fait le nœud le plus solide qui soit, aussi ils sont pareils à des vieillards qui, ne supportant plus d'être enseignés, se sont perdus dans les délires d'une logique confuse et mal définie car mal mariée, et qui ne cessent de débiter des âneries pensant être au bénéfice de leur grand âge.
Il yen a assez du darwinisme et des autres catéchismes en devenir ! Adam fils de Dieu : voilà ce qu'il nous faut prêcher aux hommes d'aujourd'hui ! C'est un blasphème que d'avoir placé la bête entre les deux, d'avoir préféré l'animal au vrai médiateur. Tu es un fils de Dieu, alors ce Dieu tu le rencontres, tu le rencontres, alors tu l'aimes. Un monde entre les deux s'oppose à cette rencontre, et c'est une supercherie savante que d'avoir placé une nature, un monde, entre Dieu et ses fils. La nature comme objet mystique, voilà ce en quoi l'homme moderne a mis son espérance. Ainsi le pouvoir, la puissance, appartiennent au devenir du monde présent, de ce monde qui en son dernier mouvement crée enfin l'Etre suprême, c'est à dire l'homme lui-même, et cela fait il nous reste à supposer qu'ailleurs encore un devenir meilleur nous attend, puisque la théorie fait de l'homme un dieu en devenir. L'homme est un dieu, c'est vrai, et c'est pourquoi il prendra tout ce qu'on lui donnera pour se passer du repentir, de la foi et du renoncement qui va avec ; il a perdu sa place de fils pour devenir un dieu, et pire encore un dieu qui veut se passer de Dieu, et pour cela un monde possible fera l'affaire.
Il est vrai que la nature précède l'homme, mais elle le transcende, et c'est pourquoi l'homme qui pense ne peut être un créateur, la création est déjà donnée. L'homme ne peut que transformer cette matière qu'il a sous les yeux et qui tombe sous les sens, l'homme fut créé pour servir, sa chair porte la marque de Dieu, le sceau du renoncement. Pour la science la nature a une place toute différente, elle perd sa perfection pour une immanence qui nous absorbe, si par exemple nous réduisons l'espace et le temps nous trouvons que l'homme n'est qu'au prolongement de cette nature. Il y aurait en quelque sorte une immanence naturelle et propre à l'Univers, et c'est pourquoi, dans ce sens où tout serait une nature où la pensée serait une production, je peux soutenir que l'évolution est un panthéisme à l'envers, tout se ramenant à cette nature. Aussi pour être conséquente avec elle-même, cette doctrine devrait accorder, à tout homme, le pouvoir d'interpréter la nature en son entier, et d'en donner une explication cohérente. L'homme étant une nature qui pense le concept devrait suivre à son tour cette nature de près, et se prolonger jusqu'à l'homme d'aujourd'hui, mais voici qu'il a beaucoup de retard et que les avis divergent. Nous l'avons compris le savant joue au théologien, et le théologien joue au savant, rien de plus, rien de moins, chacun a son monde.
Qu'ils se renoncent tous ces faiseurs de doctrines, et Dieu les trouvera ! Mais à présent il s'agit de redevenir un fils...
Renoncer au siècle, au monde et à ses avantages, tout cela par rapport à l'éternité représente très peu de choses et trop peu, tout ce renoncement objectif est inutile, et pour le dire carrément ne vaut rien lorsqu'on néglige un renoncement subjectif, qui à lui seul fait la vraie religion et le vrai religieux. Beaucoup s'accordent pour le christianisme après avoir renoncé au monde, souvent par dégoût, parfois par malheur, mais toujours par une conversion toute rationnelle, une conversion logique qui fait un nœud entre ciel et terre, oubliant que c'est le moteur du nœud qui doit être renoncé. Un renoncement objectif n'a pas de valeur éternelle, il faut commencer par sa propre personne, ce qui veut dire renoncer à soi et non à l'autre. Il s'agit de commencer par son propre bien, par sa vie, par ce bien qui est aussi un mal, ce monde intérieur est le premier auquel il faudrait renoncer.
Il y a comme une sorte de platonisme qui demande aux hommes de maudire le monde et la mort, mais de le faire tout en faisant aussi l'économie du monde intérieur qu'ils transportent partout avec eux. On nous demande de maudire les dieux d'ailleurs tout en conservant nos dieux intérieurs ! Il y a une figure philosophique qui se cache là-dessous, celle d'un Socrate qui épargne son démon. Le philosophe fait comme si un ciel habitait constamment nos âmes.
Mal compris le christianisme intéresse ceux qui y voient un tremplin non seulement pour le ciel, mais encore pour les premières places qui s'y trouveraient, et tout cela parce qu'ils croient que l'éternité parachèvera le devenir des dieux.
On ne se rapportera pas à l'éternité d'une façon logique, et si on le faisait de cette manière on le ferait en y intéressant la pensée. C'est comme pour l'homme qui se perd en mer lorsque une tempête gronde et, une fois agité par le tumulte des vagues, désire échouer en n'importe quel lieu, l'essentiel pour lui étant d'avoir à présent la vie sauve. Une pensée qui trouve un intérêt à suivre telle doctrine ou tel enseignement, en vue de sa félicité, ne se renonce jamais. Cette pensée fait ses courses au lieu de croire, elle veut le ciel, mais avec la logique qui lui fait comprendre un christianisme, si elle va au ciel sa logique la suivra et l'éthique sera là. Une logique ne peut pas se rapporter au Dieu vivant, et d'abord parce que ce Dieu-là a l'initiative de sa présence, la logique au contraire cherche la discussion et par là même pèse le pour et le contre, et le faisant elle se rend Dieu présent ou plutôt elle se représente Dieu d'après son propre fond. Mais Dieu gronde afin de délivrer ceux qu'il aime, il veut rendre malheureux celui qu'il veut sauver, et il le veut afin que tout l'homme participe à sa présence. Ce Dieu est loin de vouloir s'embarrasser de réponses, il ne fait pas l'intéressant car il manifeste sa présence pour la délivrance.
C'est en vertu de la repentance que nous sommes sauvés, et non en vertu d'un enseignement bien compris, il faut que l'enseignement produise le renoncement plutôt que l'adhésion et le ralliement, le christianisme n'a rien d'un parti pris, ou d'une politique, il ne fait pas non plus dans l'hégémonie intellectuelle. Le chrétien n'est pas celui qui pleure son péché après avoir péché, ce qui est la même chose que de pleurer une éthique dans cette divinité que nous sommes tous intérieurement, il ne nomme pas le péché, il ne le signale pas, le chrétien c'est celui qui pleure parce qu'il ne veut plus être ce pécheur, il ne veut plus voir le dieu qu'il est devenu, il ne pleure pas dans son péché, mais bien plus que cela il pleure sur son péché. Le chrétien est d'accord de dire qu'il n'est rien par rapport à l'éternité, il a renoncé à sa pensée parce que la pensée cherche à être quelque chose, le chrétien dit qu'il n'est rien, et il le dit aussi en regardant la félicité qui l'attend et qui déjà l'a reçu.
Il y a trop de raisons dans le pari de Pascal 21, il faut regarder à ce qu'on y gagne, à ce qu'on y perd, il faut donc mesurer et compter, l'initiative est humaine. Dans tout cela je ne vois pas un Dieu présent ni un Dieu qui juge, je ne vois pas un seul homme qui pleure ou qui soit malheureux. Parier et miser ainsi c'est vouloir se faire de la place, la mesure prend la place du renoncement, voilà pourquoi celui qui a parié est perdu.
Le protestantisme s'arrange toujours pour rapporter un réveil à un moment de son histoire, et si il ne peut l'y retenir il laisse ce moment à l'histoire plus générale du christianisme. Kierkegaard avec son désespoir, sa croix et sa foi, donnait un goût amer, de plus l'homme qui écrivait ne laissait aucune société après lui, aucun réveil...sauf celui de son témoignage. Francis Schaeffer put venir et philosopher à propos du Philosophe.
Immobile dans ses idées, et prisonnier d'une connaissance unique car unifiée, mais d'une éthique protestante en vérité, le penseur " évangélique " négligea le christianisme des Evangiles. Dans ses ouvrages Francis Schaeffer célèbre les savants d'autrefois, ici nous voyons Copernic, là nous trouvons Galilée, ailleurs il nous présente les plus grands artistes qui, par le biais du christianisme, ont su marier la foi et la connaissance, la nature et la grâce, et bien sûr la Réforme se voit décerné le plus grand prix qui soit en ce sens qu'elle éclaira tant de siècles et d'hommes à la fois, aussi elle est championne des arts et autres vertus. Mais une éthique ne s'élève pas sans bruits et fracas, et c'est pourquoi Schaeffer s'est fait le critique de Kierkegaard, auteur auquel du reste il n'a jamais rien compris, à ce point qu'on ce demandera même si il s'est vraiment donné la peine de le lire. Puis on le voit divaguer au sujet du Philosophe, il le présente comme le premier moderne, en ce sens qu'il sépara le premier encore la foi d'avec la raison. Il s'explique, trace une ligne du désespoir, pour passer à côté du grand homme que fut Kierkegaard, puisqu'il ignore un individu remarquable qui fut animé d'une piété comparable à celle d'un John Wesley 22, et d'une spiritualité tout aussi convaincante... C'est qu'à une distance infinie de Schaeffer nos deux hommes prêchaient l'imitation de Jésus-Christ !
En devenant le critique des hommes qui prêchent le renoncement total pour la foi, Francis Schaeffer savait se passer du christianisme à l'endroit qu'il voulait, afin de sauvegarder sa première pensée, relative à y bien voir à une connaissance du bien et du mal. Le logicien épris de théologie cherchait un Dieu logique voilà tout.
On nous dira qu'il fallait un traître, et qu'il était prédestiné à livrer notre Sauveur pour que la Parole s'accomplisse...Oui, mais de là à dire qu'il fallait Judas pour l'enfer ! Le problème du théologien est qu'il ne peut s'empêcher de raisonner en termes de jugement divin, tout l'homme se trouve résorbé dans le jugement de Dieu, le principe et la fin de chaque individu y trouvent une place.
Quelque part ,on le voit, il y a une théodicée qui se cache là-dessous, mais c'est de cette manière aussi que l'on construit des systèmes, que nous enfermons notre prochain et que nous le privons de liberté. Mais aucun système ne permet un libre jugement de Dieu puisque aucun ne lui accorde d'être aimé librement. Pourtant, et c'est facile à comprendre, il est toujours mieux et même souhaitable d'être aimé selon la liberté, par une créature libre plutôt que par la même qui serait contrainte. Or, c'est le renoncement qui aime Dieu et cela dès son premier mouvement. Du point de vue de l'amour la liberté ne peut pas se comprendre sous un jugement, la prescience divine peut encore regarder les possibles d'une seule vie comme de chaque vie, mais pour l'Amour elle doit renoncer à en connaître la fin et les fins, car ce sens appartient à la créature. De cette façon nous comprenons que Pierre qui renia son Christ trois fois fut encore sauvé, voilà pourquoi personne ne dira qu'il fallait que Pierre fût nécessairement chrétien.
Jésus-Christ est le Fils de Dieu, il naquit pour vivre dans un corps semblable au notre, c'est pourquoi il porta sa croix, fut crucifié, pour ensuite ressusciter d'entre les morts, tel est l'exemple qu'il laissa dans sa chair à ceux qui, aujourd'hui encore, veulent le suivre dans un même renoncement. Du temps a passé, et il ne reste à présent qu'un troupeau de prêtres et de pasteurs dispersé et affairé loin du seul devoir chrétien qui est, puisqu'il faut le rappeler, celui d'imiter Jésus-Christ. Pour le dire autrement on ne voit que des hommes soucieux d'imiter ce monde plutôt que leur créateur. Le moteur de l'imitation c'est le renoncement ; mais le pasteur danse, fait l'artiste, joue la comédie ; il fera école, car il a ses études, son parti, ses voyages ; il fait des folies et...adore ce monde ! Il est fier d'être un pasteur moderne, et d'être un pasteur quand même, et c'est pourquoi ,de temps en temps, il nous prêche un beau sermon sur l'imitation, c'est qu'il a certainement fait de son mieux en matière de renoncement, ou bien alors il nous faut comprendre cette vie tranquille et facile comme un avant-goût de ce qui nous attend auprès de Dieu. Ils en ont de la chance tous ces théoriciens ! Sans connaître le désespoir ils nous annoncent le repentir, loin des menaces ils nous exposent les souffrances, et plus grotesque encore, sans la seule imitation ils font des leurs de brillants modèles. Mais des modèles de qui ? Du pasteur tranquille ou bien du Christ en croix ?
Tu vas à l'église et tu fais bien, car si tu y vas c'est que, certainement, tu reçois cette Parole dans toute sa plénitude : " Je supporte ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas parce qu'ils mentent. " Mais si tu y vas pour tout autre chose que les douleurs et les souffrances, sache cette fois que tu te trompes et que ta méprise est grande, ce que tu trouveras dans une église ressemblera au mieux à ce qui se rencontrait déjà dans une synagogue. Aujourd'hui le chrétien est pareil au juif, et son théologien n'est pas autre chose qu'un pharisien. Mais le témoin est celui qui souffre en vertu du renoncement qu'il connaît dans son existence, et il sait que tous ceux qui cherchent la gloire la perdront.
Notre époque est celle de la confusion, faire de l'amour et du désespoir tout un art est devenu le passe-temps favori de l'homme moderne. On décrit l'amour, on décrit le désespoir, tout est une description de tout, on prend un sentiment pour l'examiner attentivement et en parler, comme si de cette façon on pouvait atteindre et toucher son fond et connaître enfin une vérités qui serait au principe de sa nature ou d'une humanité. Ainsi on chante l'amour, on le joue dans le septième art, de même qu'on chante un désespoir ou bien encore une peine. Mais tant qu'on décrit on ne sait rien, ce désespoir esthétique ne vaut rien, d'ailleurs il est toujours compris dans une éthique, il ne sort jamais de l'humain, il reste prisonnier de son fond, de ses racines. Ce désespoir demeure dans une éthique, désespérée peut-être mais une éthique quand même.
Tant qu'on ne renonce pas on ne sort pas de son humanité, celui qui fait dans l'art, et qui peint le désespoir, fait aussi l'économie de quelque chose qui espère encore, et nous pouvons comprendre qu'il épargne un amour, prisonnier à son tour de sa même personne, c'est l'amour propre des dieux qui aiment, amour qu'il décrira ailleurs selon les règles esthétiques, voilà pourquoi celui qui s'affaire ainsi n'a pas renoncer à lui-même. Le désespoir est efficace lorsqu'il anéantit l'homme en son entier, et c'est toujours le premier mouvement qui compte, tant qu'il n'a pas cette force et cette honnêteté il ne sert à rien d'autre qu'à faire le bonheur ou le malheur d'un monde perdu. Une fois renoncé l'homme est propre à connaître l'Amour vrai qui vient de Dieu et qui le crée de nouveau, et dans ce sens-là le désespoir reçoit l'Amour.
On connaît tous ces hommes très savants qui prêchent la pensée et ses raisons, mais aussi les dérèglements de toutes sortes. C'est qu'ils en on fait des études pour en arriver là ! Mieux encore puisqu'ils sont autorisés à divaguer par ces mêmes études qu'ils ont suivies, aussi je suis heureux d'en avoir point à leur endroit ! Tous ces modernes périssent sous le poids de leur malheur, comme des allumettes ils se consument dans leurs propres flammes.
Les politiques veulent bâtir un monde, et lorsqu'on voit les matériaux qui servent et serviront encore à son édification alors on comprend aisément que ce ne sont pas seulement les hommes les plus riches et les plus instruits qui nous gouvernent et nous mondialisent, mais encore les vanités, les chimères, les délires, et tout simplement le péché qu'ils transportent partout avec eux. Je crois que la politique rend les hommes grossiers. Une autorité publique ne prophétise jamais, une assemblée ne juge pas de l'éternité, tout cela regarde vers un devenir incertain, en fait il s'agit d'accomplir le règne et la souveraineté des uns et des autres. Mais il est difficile de régner à plusieurs, il y a trop de dieux sous le ciel éternel, les suffrages et les lois feront le reste mais jamais qu'un homme ne se renonce parfaitement dans son intériorité. Tout cet art fait l'économie du péché, de l'éthique, les hommes artistes s'arrangent voilà tout, ils s'arrangent entre eux pour s'imposer aux autres. Mais seul Dieu nous juge d'une façon vivante, car tout son amour accuse notre plénitude. Et pour entendre cette voix qui veut nous délivrer, qui veut nous sauver pour faire de nous des fils, il faut s'arrêter un instant, et ne plus écouter ces faiseurs de discordes qui pour arriver à leur fin se moquent de la chair et du sang.
Il y a chez Luther une liberté qui doit tout à Dieu et une autre qui donne trop aux gouvernements et aux princes de ce monde, plus tard Jean Calvin durcira le ton et il le fera autant dans un sens politique que religieux. Mais revenons à Luther chez qui je peux voir un homme suscité par la Providence . Pas dans le sens où je trouverais chez lui une sorte de sauveur, car ce genre de sauveur a beaucoup détruit par ailleurs et cela afin d'épargner ce qui lui convenait, mais plutôt dans un sens autre et mieux adapté au célèbre personnage, dans lequel il serait mieux de voir un libérateur qui s'ignore, une sorte de Moïse qui malgré lui libéra un peuple qu'il ne connaissait pas, si bien que chaque homme que compte ce peuple est plus grand que Luther.
L'hérésie d'aujourd'hui fera la tradition de demain. C'est comme en politique, on laisse une nouvelle pensée nous envahir, et une fois dans l'histoire, si elle convient au plus grand nombre, on l'autorise par une loi qui l'élève au rang de dogme, car c'est le mouvement du temps et de la majorité qui décident de tout. Voilà comment la théologie est arriver à accorder les facilités du siècle présent aux Evangiles d'antan !
Aujourd'hui l'évangile fait dans l'art, et il n'y a pas de doute à ce qu'un jour l'artiste, en qualité de nouveau prophète, voie tout son savoir-faire se ranger sous la voix de Dieu. L'art est devenu le moyen de la grâce, d'une grâce qui cherche à plaire et à convaincre, plutôt que de juger en vue de sauver, d'une grâce qui donne trop à l'homme et qui l'épargne davantage encore, d'une grâce qui se fait l'esclave du pécheur et qui pèche en cherchant à répondre à son intelligence, c'est à dire à son bien et à son mal, car le coup porté sur un seul membre vient de sauver l'autre ! L'art, un beau détour pour ceux qui doutent, pour les mous et une tiédeur pastorale toujours en mal de séduction. L'art ne juge de rien, il ne veut que des bravos et des admirateurs, c'est pourquoi le jugement divin est pris en vain. Cette dépendance au temps demande trop de place pour l'instant éternel, le temps passe, Dieu attend, et l'artiste fait des émules, l'art on le voit ne traite rien dans l'urgence, c'est comme pour un catéchisme et ses doctrines.
Aujourd'hui on a du temps à perdre, surtout en religion, tout change, alors les chrétiens se donnent en spectacle ! Mais c'est l'Amour non du beau mais des âmes qui détermine l'urgence de l'appel en vue du salut, c'est pourquoi l'art et tout son devenir n'ont aucune puissance éternelle. En Jésus-Christ Dieu s'est renoncé, aussi l'homme et l'artiste doivent se renoncer à leur tour, les cultes du beau et de l'image ne font pas le chrétien, seul le renoncement le fait. Chez Dieu le renoncement est tel que le signe ne fait pas plus d'effet qu'une image quelconque, il ne compte pas. C'est dans la faiblesse que Dieu s'est révélé et dans cette même faiblesse qu'il veut nous relever, que cette sagesse et son sens rendent le signe inutile et inutilisable et nous connaîtrons la puissance du renoncement selon la foi en Jésus-Christ, car le serviteur juge l'homme tout entier pour sa liberté.
De même que le corps ne va pas sans l'âme, et que les deux s'ajustent si bien qu'il est impossible d'en défaire le nœud, de même le signe incarne le sens et lui donne un corps si bien que sauf de vouloir mentir l'un ne va pas sans l'autre. Il y aura toujours de l'art dans les mots, mais cela ne va pas sans ordre, et il faut que le signe convienne au sens et lui soit approprié en l'habillant parfaitement. Ainsi la prédication ne va pas sans la croix, la louange sans les instruments, et la foi sans les œuvres. Si le religieux se reconnaît toujours à l'accord parfait, l'éthique se mesure et se trouve dans un désaccord, dans le mensonge d'un autre monde, ce faisant l'éthique met une distance entre le signe et le sens.
Tout comme Plotin le Pseudo-Denys 23 nous décrit un dieu anonyme et solitaire, un dieu sans caractère. Pour mieux se passer d'obéissance ce dieu logique se décrit sans volonté, il ne veut jamais et il n'aime rien, et c'est pourquoi l'extase ou l'union sacrée est anonyme elle aussi, la rencontre se fait malgré le dieu. Ce que Dieu affirme de lui-même, qu'il est amour, tout puissant, etc., se réduit à un symbolisme que la théologie interprète, et elle le fait en traduisant sa Parole en néant.
Nier ainsi et à ce point, c'est presque faire profession d'athéisme ! Disons que c'est logique, et que de ce point de vue toutes les théologies se donnent la main. L'objet de la foi se réduisant au néant c'est la foi elle-même qui est rendu vaine, elle n'a plus lieu d'être, et il en est de même pour l'obéissance qui a perdu ses Paroles de vie. Par le moyen du négatif la Parole du Dieu éternel se trouve entièrement annihilée, son incarnation altérée, son renoncement incomplet. Ce qui justifie ce moyen c'est le principe même de la théologie qui le décide, et ce principe est propre à toutes les théologies, il est la science du rapport éternel, science qui se construit dans un discours inachevé et une interprétation englobante et consensuelle. Or, ce qui est sans bornes finit toujours par ennuyer l'âme solitaire qui se connaît, c'est pourquoi vint un jour la théologie de l'oublie, car c'est la théologie négative qui donne une conclusion aux théologies qui précèdent. Pourtant ce n'est pas en vain que l'apôtre disait : " Ce dieu inconnu, c'est celui que je vous annonce 24 ", saint Paul n'a rien à faire d'un dieu anonyme, il annonce, au contraire, un Dieu vivant ici et maintenant. La foi vivante, de celui qui se renonce, reçoit une Parole vivante, cette même Parole qui s'est faite chair et qui jadis vécut parmi nous, la Parole éternelle exige l'obéissance de ceux qu'elle appelle, obéissance qui est déterminée par le renoncement de soi et non par le renoncement à la Parole qui appelle, ce qui a fait l'affaire de la négation théologique.
Celui qui se mêle d'expliquer discute avec Dieu, il remet l'obéissance et le renoncement à plus tard, mais de là à tout nier il faut le vouloir pour oublier. Il faut reprocher à la négation logique de réduire la Parole à rien du tout, et de noyer la foi et son renoncement dans la vanité, en fait c'est une logique du dernier mot. Sauf de vouloir l'oublier pour se sauver je ne vois pas d'autres raisons à vouloir plonger Dieu dans le néant. Mais le pénitent n'est pas sauver en vertu d'une théologie mais en vertu d'un Dieu vivant, le croyant s'anéantit lui-même, et lorsqu'il fait un saut, il le fait en lui-même, il saute de sa hauteur d'homme et de dieu aussi, il tombe pour devenir un fils. Celui qui aime Dieu le rencontre à coup sûr, il le connaît, et il est tout à la fois un temple et un fils.
La pensée théologique ne trouve pas Dieu, seule la croyance le peut. La théologie ne trouve qu'un dieu qui par rapport à " l'ici et au maintenant " n'est pas, le dieu théologique est un dieu qui renvoie à l'homme, à son éthique et à son immanence, au mieux la présence de ce dieu a été enfermé dans un livre et son action rejeté dans le passé. Ainsi au-dessus des textes reçus les hommes peuvent penser et délibérer, c'est que pour avoir tant de désaccord au sein même du christianisme nous avions besoin des théologiens ! Lorsque nous voyons des hommes sans se soumettre à l'éternité décider des conditions, du temps et du lieu de sa Présence, alors nous pouvons comprendre comment sont né toutes ces diversités religieuses. Nous trouvons des religions de toutes sortes, protestantes, catholiques, évangéliques, des associations, des fédérations, toutes elles désirent un consensus sans jamais y parvenir parfaitement, voilà le résultat de tant de siècles théologiques ! Théologie qui va jusqu'à se mêler de politique, et qui donne raison à une association culturelle et cultuelle qu'il me faudrait encore dénoncer !
L'Eglise nous la portons en nous et avec nous, Dieu vit dans le croyant, et c'est pourquoi la pensée théologique échoue à rendre un culte en esprit et en vérité, sa distance éthique lui interdisant la Présence divine.
" Prenez-moi, jetez-moi dans la mer, et la mer se calmera envers vous ; car je sais que c'est moi qui attire sur vous cette grande tempête 25. " Ici se trouve déjà le signe dont Jésus parlera 26 ; signe dans lequel il convient de voir un renoncement véritable, et pas seulement une descente dans le séjour des morts, car ces trois jours terrifiants à tout point de vue sont déterminés par le renoncement préalable, et il en est de même pour la prédication de Jonas qui suivra elle aussi ce renoncement.
Préférant la mort à la vie, Jonas renonce à son bien, à son mal : son malheur c'est cette tempête, son bonheur c'est ce navire, pourtant son désespoir vrai ne cache aucune espérance, Jonas désespère tout à fait. Joignant l'œuvre à sa foi, Jonas fait un saut, et il demande aux marins de le jeter par-dessus bord. Il le fait afin de ne jamais s'attacher au navire, et pour ne plus craindre l'orage, il le fait pour fuir ses raisons, et le faisant il renonce à lui-même. Jonas est libre enfin.
Là où se trouve un croyant il y a la présence de Dieu. Mais une supercherie toute humaine a voulu se passer de cette présence en rejetant l'inspiration éternelle dans les temps du passé, et c'est de cette manière que les temps d'après purent déterminer l'instant présent. On a pris la Genèse comme principe, et la Révélation de saint Jean comme fin des Ecritures, aussi depuis presque deux mille ans Dieu n'est plus. Tous les témoignages nous précèdent, l'histoire transcende le sacré, le passé est un nouveau ciel, le temps décide de l'éternité . Nous n'avons que des souvenirs, une sorte de mémoire éternelle, ce qui est un non-sens. Balivernes en vérité, car le canon vient du croyant, de celui qui aime Dieu, et Dieu prolongera son œuvre jusqu'à son retour ! C'est pourquoi le canon loin d'être figé et fixé se poursuivra jusqu'à la parousie, bien que les hommes veulent lui fermer la bouche l'Esprit prophétique perdurera jusqu'à l'avènement du fils de l'homme.
On a rejeté l'action divine dans le passé, de cette façon l'histoire pouvait faire la meilleure place aux théologiens et autres faiseurs de doctrines, d'où ce mal théologique qui concilie l'Evangile et la culture, le temps et l'éternité. Le canon n'est plus qu'un moment de l'histoire, et le temps peut conditionner l'éternité, puisqu'il a trouvé une place en dehors de la présence de Dieu, ainsi je poserai la culture pour interpréter cette présence enfermée dans les Ecritures d'antan. C'est depuis que le croyant peut en toute confiance penser sa foi et la concevoir dans son intériorité, comme présence la construction théologique donne le coup de grâce au renoncement du théologique renvoyant par ce même coup la Présence de Dieu en un autre lieu et dans un autre temps. Seul le renoncement invite Dieu à remplir " l'ici et le maintenant ", mais le théologien n'a que faire de l'éternité puisque la dominant de sa présence il en a pris la place et en a volé la renommée.
Nous comprenons que les Pères nous ont trompé, aussi leur autorité n'est plus sûr, il en est de même pour les conciles et les traditions qui courent jusqu'à nous. Le canon reçu aujourd'hui n'a plus de frontière et de date arrêtées. Soit d'hier, soit d'aujourd'hui, soit de demain, la Parole de Dieu reste sainte est demeure vivante. Nous venons de le voir, les théologiens ont rejeté dans le passé, l'action de Dieu, son autorité, et sa sainteté. Mais sur le chemin de Damas tous peuvent devenir apôtres, écrire et contribuer à l'édification vivante d'une Eglise présente.
Il faut s'opposer de toutes ses forces à cette sorte de prosélytisme qui annonce la Parole de façon à ce que celui qui l'a reçue s'aperçoive plus tard qu'il est protestant ou bien encore catholique. L'individu est lui seul responsable de la Parole reçue, il en est le gardien, or lui aussi il a l'Esprit-Saint. Ce n'est pas aux associations ni aux catéchismes de décider d'un devenir religieux qui doit être propre à chacun. L'onction de l'Esprit enseigne toute chose à celui qui vit par la foi. Pour poser un temps, une histoire entre le croyant et Jésus-Christ, il fallait une école, une interprétation, et donc une théologie, c'est pourquoi l'erreur missionnaire est celle qui rattache le primitif ou le moderne à une histoire qui n'est pas la sienne. Il convient de s'attacher à une Parole nue, car sans commentaires, il s'agit de renaître et de prendre un chemin dès son commencement.
Pauvre homme à qui les théologiens font croire que pour servir Dieu il faut s'asseoir sur les bancs d'école et se mettre à de difficiles études ! Alors que pour le service éternel il suffit de renoncer à soi-même, et dans tous les cas Dieu ne demande rien d'autre.
C'est pourquoi il faudrait plutôt fermer les écoles de théologie, interdire les catéchismes, dénoncer l'association Eglise-Etat ! Le christianisme n'est pas une étude, ni un exercice, aussi il n'est pas de ce monde.
De l'omniprésence divine Luther, dans un de ses propos de table, conclut à la présence de Dieu en enfer 27. Nous voyons encore et toujours que le Dieu du théologien est un dieu logique. Des Pères à Luther, de Luther à nos jours, rien n'y changera quelque chose, le théologien reste un logicien, l'ami d'une logique devenue sacrée, cet attachement paraît indéfectible, pensée sous les traits du divin une logique décide de tout et de Dieu. Une logique immuable habite les cieux, voilà pourquoi le théologien peut conclure jusqu'au dernier de ses effets.
Mais si Dieu renonçait à une chose, à une créature, à un lieu ou à un temps, vraiment ne serait-il plus Dieu pour autant? Les exemples de regret et de repentir divins sont nombreux dans les Ecritures, et ces vieux exemples se verront plus tard couronnés par les œuvres de notre Seigneur, car c'est en Jésus-Christ que Dieu renoncera à Lui-même. C'est Luther qui donna à Calvin le fil du destin, mais cette prescience ne sert que la logique du réformateur. Une fois ce fil bouclé sur lui-même tout renoncement sera vain! Mais en réalité un renoncement vrai ne va pas sans rupture, et cette rupture ne se fait pas sans éternité.
Qu'elles soient physiques, politiques, ou bien encore religieuses les sciences ne sont que des vanités face à l'éternité présente. S'expliquer le monde s'est l'avoir refusé tel qu'il est et tel qu'il s'offre à nous dans sa simplicité et dans sa diversité. La théologie qui prend Dieu pour objet ne manque pas d'en faire une nature, première si on préfère mais une nature quand même, de cette façon elle peut penser la divinité. Mais expliquer Dieu c'est l'avoir du même coup refusé tel qu'il s'est révélé et continue de se révéler. Il en est de même pour celui qui pense l'univers tout entier, qui prend ses phénomènes pour des lois nombrables au lieu d'y voir la puissance et la volonté du Verbe divin. Tous les hommes interprètent la nature et désirent la pénétrer de leur pensée, mais parce qu'ils ont refusé cette nature ils refusent Dieu qui l'a créée. Refuser Dieu et sa création alors qu'il s'agit de se renier soi-même. L'homme pense les choses selon ses catégories, selon lui-même, et cela afin de se les rendre accessibles, aussi il construit un monde à son image, enfin il règne sur ses théories et se transforme dès lors en politicien très instruit. Même chez le politicien il y a une négation de Dieu et des hommes ; quelle misère de nier ainsi les hommes tels qu'ils sont ! L'homme se construit en niant l'autre, en le refusant, et c'est de cette seule façon qu'il devient un créateur, alors il façonne un monde selon lui, selon une éthique.
Le refus de l'autre suscite le nouveau dieu, le règne du savant et du roi. Mais celui qui trouve le seul vrai Dieu trouve un royaume et sa création, il n'a plus rien à chercher ailleurs, tout lui est donné, tout est à lui, là sont la vraie béatitude et la joie parfaite ! Mais pour trouver ainsi il ne faut pas chercher des explications, c'est le renoncement qui cherche et qui trouve Dieu. Quelque part Nietzsche disait : " Là où cesse l'Etat, c'est là que commence l'homme 28 ", mais il faut apporter une correction à cette phrase qui ne veut servir que l'homme, car en vérité c'est là où finit l'Etat et le règne de l'homme-dieu que commence la croyance, le renoncement et le règne de Dieu. Le philosophe nous trompait en posant une transcendance dans l'immanence , en proposant une révolte ou une sédition intellectuelle. Mais le chrétien vient du ciel, et partant de là il n'a que faire des sciences et des pouvoirs en tout genre. Bien sûr il existe une subtilité religieuse qui consiste à rendre à César ce qui est à César, mais cela représente une ruse pour ne pas être inquiété par les temps qui passent, c'est pourquoi le chrétien s'opposera malgré tout aux sciences politiques. L'Etat est un mensonge où on pose et réglemente le règne de l'injustice, où ce qui est vrai aujourd'hui sera faux demain, tout cela n'est pas très sérieux et dépend, bien qu'un Cicéron l'aurait désapprouvé, de l'opinion du plus grand nombre. Le règne de l'immanence fait le règne du mensonge, et le chrétien fait bien de s'y opposer, si toutefois il le fait en vue de nous libérer.
Là où quelques uns ont trouvé des principes simples et indémontrables d'autres trouvent une multitude de raisons à ces premiers principes. La théologie des principes est de celle qui veut sauver sa foi, mais elle ne peut y arriver puisqu'en ignorant le renoncement la croyance qu'elle propose n'est qu'une apparence de foi, aussi elle manque de réalité et d'existence. C'est une foi déduite suite à de savants calculs et de riches réflexions, elle est le fruit d'une dialectique qui partant d'un donné s'élève toujours plus haut jusqu'à trouver sa limite dans un principe qu'il faudra bien poser comme premier, mais jusque là nous sommes encore dans l'intelligence et dans ses raisons, car c'est juste avant la descente que nous trouvons l'apparence d'une foi. Le théologien, qu'il soit l'auteur d'un Stromate ou d'une Pensée, dans tous les cas oublieux du profane, part toujours d'en haut, c'est pourquoi il postule un principe indémontrable qui conclut à la foi, et sur cette foi se construit forcément une connaissance selon la démonstration et son exégèse, de cette manière peut commencer la descente jusqu'à la diversité qui nous échoit, descente qu'accompagne l'intelligence grandissante. La théologie peut ainsi s'absoudre au nom de la foi qu'elle s'est trouvé, elle a oublié l'ascension première qui l'avait conduite au premier principe. Aussi les théologies chrétiennes sont secondes par rapport à celles premières des philosophes, elles se sont juste arrangées pour oublier leurs aînés et leurs pères, car à bien y regarder théologie et philosophie sont une seule et même chose.
Mais il convient de renoncer à soi-même, et de le faire avant toute ascension philosophique et avant toute recherche théologique, de cette manière seulement nous verrons la foi et connaîtrons le seul vrai Dieu. Il faut renoncer à ses raisons, car c'est la raison qui monte et qui descend, c'est elle qui fait le nœud, à son gré elle attache ce qu'elle trouve à ce qui lui plaît, elle vit pour elle-même. Voici comment le théologien peut joindre le sol qui est sous ses pas au ciel qui est au-dessus de lui: un sol et un ciel se trouvent déjà en lui ! Mais si la raison qui fait le milieu est renoncée alors tout se détache et disparaît, la foi est créée, Dieu trouve une place, il se pose lui-même. Dieu devient l'intelligence de l'homme, sa raison partout présente, un souci permanent. Mais Dieu ne se laisse pas comprendre pour autant, Il veut être aimé. L'homme a sa place, Dieu a la sienne, l'homme de Dieu est un fils de Dieu, et le paradoxe demeure mais couvert pour toujours de l'Amour divin. Dieu crée un homme en entier.
Foi et science ne vont pas ensemble, il y va d'un fossé. Lorsqu'elle est placée au milieu de la dialectique comme à son sommet la foi interdit tout renoncement vrai, si tu regardes avant tu trouveras la science, si tu regardes après il y aura encore cette science, c'est pourquoi l'homme de Dieu renoncera à la dialectique afin de trouver la foi, pas une foi déduite du principe dialectique, mais une foi produite par un renoncement complet et désespéré.
Que la connaissance précède la foi ou que la foi vienne avant cette connaissance tout ce langage ne vaut rien, et n'est qu'un pur charabia obscur et vain, si il n'y a personne pour préciser et éclaircir ce que l'on entend par ces termes. L'homme de Dieu renonce à lui-même, aussi toutes choses sont devenues nouvelles, il sait que toute connaissance vient du Dieu vivant, et que selon cette vertu elle demeure un paradoxe objet de sa foi. Mais il en est de même pour celui que Dieu appelle et accuse en vue de la liberté, c'est l'Esprit-Saint qui enseigne pour convaincre l'homme de son péché. Alors que cette connaissance vienne avant ou après la croyance rien ne change au fait qu'elle est là pour nous inviter au saut d'un renoncement. Seul Dieu a l'initiative de sa Présence, aux hommes d'y répondre !
C'est aux origines du christianisme qu'il faudrait revenir, ce sont ses commencements qu'il nous faudrait prêcher au monde entier. Beaucoup essayèrent de retrouver un christianisme vivant et authentique et pensaient même lui avoir rendu une jeunesse primitive, mais comme la plupart négligeaient de remonter plus haut que les Pères tous pour le dire ainsi échouèrent. Il n'en fut pas autrement du protestantisme qui s'arrêta à saint Augustin. Et lorsque quelques enfants de Luther voulurent s'essayer plus haut ce fut le plus souvent pour faire outrage à la pudeur divine, car prêcher le fabuleux et les charismes en tout genre donne au mieux une contrefaçon vaine et inutile, là encore on manque les origines. Et tous ces défauts sont venus jusqu'à nous parce que trop peu de chrétiens ont désiré l'essentiel de la croix, or seul le renoncement fait tout son caractère.
Je le répète c'est aux origines du christianisme qu'il nous faudrait revenir, pas le christianisme de Luther, ni même celui des Pères, mais au christianisme vivant de Jésus-Christ. L'Eglis